Cortaderia selloana figure depuis 2023 sur la liste française des espèces exotiques envahissantes réglementées. Cueillir des pampas gratuitement en bord de route ou de friche reste possible, mais sous conditions juridiques et botaniques précises que la plupart des guides de cueillette passent sous silence.
Réglementation sur Cortaderia selloana : ce que la loi interdit vraiment
L’arrêté ministériel du 14 février 2018, modifié en 2023, interdit en métropole la détention, le transport, le don, l’échange et la vente de spécimens vivants de Cortaderia selloana. Une hampe florale fraîche contenant des graines viables entre dans cette catégorie.
En revanche, une tige déjà sèche, dont les graines ne sont plus fertiles, ne relève pas du même régime. Nous recommandons de ne prélever que des plumeaux manifestement desséchés, aux graines dispersées depuis plusieurs semaines. La distinction entre hampe sèche et hampe encore fertile est le point technique à maîtriser avant toute sortie de cueillette.
Pour savoir où cueillir des pampas gratuitement sans risque juridique, il faut aussi vérifier le statut foncier du terrain : un parc national, une réserve naturelle ou un site Natura 2000 peut interdire tout prélèvement végétal, même sur une espèce non protégée.
Zones protégées et cueillette interdite
Dans les parcs nationaux et réserves naturelles, la cueillette de végétaux est soumise au règlement intérieur du site. Même si Cortaderia selloana y est considérée comme indésirable, le gestionnaire peut refuser tout prélèvement par des particuliers. Un appel en mairie ou à l’office de tourisme local suffit à lever le doute.
Sur un terrain privé, l’accord du propriétaire reste obligatoire. Sur un terrain communal (bord de route, talus, friche municipale), le maire peut autoriser ou interdire la cueillette par arrêté. Aucune adresse n’est universellement « libre de droit ».

Période de cueillette et stade de maturité des plumeaux
La fenêtre adaptée se situe entre fin octobre et décembre, lorsque les inflorescences ont blanchi et commencé à se déshydrater naturellement sur pied. À ce stade, les graines ont déjà été dispersées par le vent, ce qui réduit à la fois le risque juridique et le risque de dissémination involontaire lors du transport.
Cueillir en septembre, au pic de floraison, pose deux problèmes. Le plumeau est encore chargé de semences viables, ce qui vous place en infraction potentielle. Et la tige, gorgée de sève, sèchera mal : les plumes se rétractent, brunissent et perdent leur volume.
Reconnaître une hampe prête à être prélevée
- Le plumeau est blanc crème à beige, jamais verdâtre ni violacé. Un reflet argenté indique une maturité avancée.
- En secouant légèrement la tige, aucune pluie de graines fines ne tombe. Si des graines s’envolent, la hampe est encore fertile.
- La tige est rigide et cassante à la base, pas souple. Une tige encore verte ou flexible contient de la sève et des semences viables.
Ce test de terrain prend quelques secondes et distingue un prélèvement responsable d’une collecte problématique.
Localisation des pampas en France : milieux favorables
Cortaderia selloana colonise préférentiellement les friches littorales atlantiques, du sud de la Bretagne jusqu’au Pays basque. Les talus autoroutiers, les abords de zones industrielles et les terrains vagues périurbains constituent les stations les plus accessibles. L’espèce prospère en sol drainant, même pauvre, et tolère les embruns.
Le pourtour méditerranéen héberge aussi des populations, mais de manière plus dispersée. Nous observons des stations ponctuelles le long des cours d’eau et dans les zones remblayées du Languedoc et de la Côte d’Azur. En zone continentale, la plante reste rare : les hivers rigoureux limitent son expansion au-delà de la Loire.
Repérer les stations sans se fier aux listes en ligne
Les « adresses de cueillette » partagées sur les réseaux sociaux deviennent vite obsolètes. Un talus fauché par la commune en août n’offrira rien en octobre. La méthode fiable consiste à repérer les touffes depuis la route durant l’été, quand les hampes florales montent et sont visibles à distance, puis à revenir en automne une fois les plumeaux secs.
Les bords de voies ferrées sont à exclure : l’accès est interdit et le terrain appartient à SNCF Réseau. Les délaissés routiers départementaux offrent un cadre plus simple, à condition de stationner en sécurité.

Techniques de coupe et conservation des tiges séchées
Un sécateur de force ou une cisaille à haie suffit. La tige de Cortaderia selloana, même sèche, atteint un diamètre notable à la base. Couper à environ trente centimètres du sol évite d’arracher la touffe et préserve le collet.
Au moment de la coupe, portez des gants épais. Les feuilles de la touffe sont finement dentées et provoquent des coupures nettes, parfois profondes. Le nom vernaculaire anglais, « razor grass », n’est pas exagéré.
Fixation des plumes et séchage
- Vaporiser de la laque capillaire sur le plumeau immédiatement après la coupe limite la perte de plumes durant le transport et le séchage.
- Suspendre les tiges tête en bas dans un endroit sec et ventilé pendant une à deux semaines consolide la structure du plumeau.
- Éviter le séchage en plein soleil : les UV dégradent la couleur et rendent les plumes cassantes en quelques jours.
Un plumeau bien séché conserve son volume plusieurs années sans traitement supplémentaire. L’ajout ponctuel de laque prolonge la tenue si l’environnement intérieur est très sec ou exposé à des courants d’air.
La cueillette gratuite de pampas reste une pratique accessible à condition de respecter le cadre réglementaire de 2023, de cibler des hampes réellement sèches et de vérifier le statut du terrain avant tout prélèvement. Un plumeau prélevé au bon stade, sur un site autorisé, décorera un intérieur sans participer à la dissémination d’une espèce dont la progression en métropole pose déjà des difficultés écologiques mesurables.



